Placés sous probation, problèmes de santé mentale et abus de substances

Date d'édition: 18-4-2012

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Charlie BrookerDe multiples études ont été menées sur les problèmes de santé mentale en prison. « Aussi étonnant qu'il paraisse, nous avons trouvé néanmoins très peu de littérature sur l'état de santé mentale et l'abus de substances chez les placés sous probation », constate Charlie Brooker, professeur de Santé mentale et Droit pénal à l'université de Lincoln (GB). Ces cinq dernières années, l'équipe du professeur Brooker a tenté de combler cette lacune en réalisant une étude dans le comté de Lincolnshire. « Nos résultats montrent que les problèmes de santé mentale sont courants et que l'aide efficace se heurte à de fortes barrières. »

Près de 4 placés sous probation sur 10 ont un problème déclaré de santé mentale. 5 sur 10 présentent des troubles de la personnalité. Plus de 5 sur 10 sont des buveurs pathologiques. 12% des placés sous probation ont un problème substantiel ou sévère de toxicomanie. Tels sont les principaux résultats de l'étude ‘Enquête sur la prévalence des troubles de santé mentale et modalités d'accès aux soins dans une population de placés sous probation', menée par le professeur Charlie Brooker de l'université de Lincoln. « J'ai travaillé pendant plus de 20 ans dans le domaine de la santé mentale en général. En 2000, j'ai décroché un appel d'offres pour procéder à une revue systématique des problèmes de santé mentale en milieu carcéral, un sujet qui m'a passionné d'emblée. Alors que la prévalence des problèmes de santé mentale était très élevée, l'accès aux soins était extrêmement limité. »

Prévalence
À partir de l'univers carcéral, le professeur Brooker s'est ensuite intéressé à la probation. « Dans une étude commandée par le NHS, nous avons tout d'abord cherché à évaluer les besoins sanitaires des délinquants placés sous probation. Dans une autre étude publiée récemment, nous avons étudié la prévalence des troubles de santé mentale des placés sous probation.* À ma connaissance, il s'agit de la première étude sur le sujet, ce qui est tout bonnement plutôt incroyable. La population carcérale britannique représente quasiment la moitié de la population sous probation. Quoi qu'il en soit, nos résultats démontrent que les problèmes de santé mentale sont courants. La prévalence est très forte tout autant que les barrières à une aide efficace. »

Barrières
Ces barrières à une prise en charge efficace des problèmes de santé mentale des placés sous probation sont détaillées dans le dernier rapport du professeur Brooker. « Amener les placés sous probation dans les services est un gros problème. Il ressort de notre étude que les délinquants ne remplissent pas toujours les critères d'orientation. Certains services ont refusé des individus à double diagnostic (abus de substances et problème de santé mentale concomitants par exemple). Les placés sous probation ont plusieurs types de problèmes. D'un autre côté, il est difficile de les motiver à aller consulter, certains services étant éloignés parfois, ou parce que les agents n'ont pas su leur expliquer la nature de leur problème et les bénéfices qu'ils peuvent tirer du traitement. Il faut tenir compte également du fait que de nombreux placés sous probation mènent une vie (quelque peu) chaotique et qu'ils ne respectent pas toujours les rendez-vous. Dernier point et non des moindres, notre étude a montré que les personnels de probation n'identifient pas toujours les problèmes de santé mentale ou qu'ils ne savent pas toujours orienter vers le bon service. »

Formation
Pour résoudre ce dernier problème, le professeur Brooker a mis en place une formation de deux jours destinée aux agents de probation dans le comté de Lincolnshire. « Nous leur avons appris à mieux reconnaître les problèmes de santé mentale, quels services existent et comment y accéder au mieux. Nous pouvons dire que leurs connaissances dans ces domaines se sont améliorées de manière significative. Malgré tout, notre étude a montré également que ces connaissances s'étaient estompées au bout de six mois. Il nous a donc fallu proposer un meilleur modèle à travers une solution en deux volets. En premier lieu, nous ne devons pas former les agents de probation qui exercent déjà. Nous devons aborder davantage les problèmes de santé mentale au cours de la formation initiale. Jadis, il fallait être travailleur social avant d'espérer devenir agent de probation. Les travailleurs sociaux sont préparés par leur formation à s'occuper des problèmes de santé mentale. Aujourd'hui, il n'est plus nécessaire d'être travailleur social pour pouvoir suivre les deux ans de formation pour devenir ‘éducateur de délinquant', comme on dit actuellement. La moitié seulement d'un module universitaire, soit environ 10 heures d'enseignement, est consacrée aux problèmes de santé mentale et à l'abus de substances. C'est parfaitement insuffisant et les choses doivent changer au niveau national. »

Infirmiers de santé mentale dans la communauté
L'autre volet de la solution du professeur Brooker consiste à organiser une expertise sur les problèmes de santé mentale au sein des services de probation. « Des infirmiers de santé mentale dans la communauté peuvent épauler très efficacement les agents de probation. Prenons le cas d'un agent de probation qui remarque le comportement bizarre d'un client qui déclare par exemple voir des choses qui n'existent pas. S'il lui dit : ‘Je pense que vous avez un problème de santé mentale et que vous devriez consulter le Dr Jones dans deux semaines à cette adresse', il est très probable que le placé sous probation n'ira pas au rendez-vous. Mais si le placé peut rencontrer, le jour même et dans le même bâtiment, un infirmier de santé mentale dans la communauté, l'orientation vers le service le plus adapté peut être organisée plus efficacement. Les infirmiers de santé mentale dans la communauté peuvent également assurer eux-mêmes une partie du traitement, contre l'alcoolisme par exemple. C'est un très gros problème, plus encore que la toxicomanie, parmi les placés sous probation mais aussi dans la population générale. Pour autant, les autorités britanniques engagent sept fois plus de fonds pour lutter contre la drogue que contre l'alcool dans les services de probation. Actuellement, l'accès aux services de traitement de l'alcoolisme est totalement inadapté. Surtout pour les placés sous probation, qui le plus souvent n'ont pas ‘seulement' un problème d'alcool, mais qui présentent en parallèle des troubles de la personnalité voire un autre problème de santé mentale. »

Résultats
Le service de probation du Lincolnshire a adopté la nouvelle approche du professeur Brooker. Avec quels résultats ? « Il est encore trop tôt pour le dire. Nous venons tout juste de publier un rapport qui montre qu'il y a un gros problème dans le domaine de la santé mentale des placés sous probation et leur accès aux soins. Je pense sincèrement que tout le monde a le même droit d'accéder aux soins de santé. Cela signifie que nous devons faire quelque chose si nous apprenons - comme nous le savons maintenant - que les placés sous probation ne bénéficient que d'un accès limité. J'espère que mon rapport et les expériences récentes dans le Lincolnshire apporteront leur pierre à l'édifice. La communauté concernée pourra y trouver elle aussi son intérêt. Il se pourrait que la récidive diminue si nous traitons mieux les placés sous probation qui présentent des problèmes de santé mentale et d'abus de substances. Nous n'en savons encore rien car cela n'a jamais été étudié. Je considère ce sujet comme la prochaine étape logique de notre recherche. Enfin, si nous gagnons la compétition pour les ressources face à des domaines plus attractifs comme les soins coronaires et les maladies pédiatriques... »

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* La Base de connaissances de la CEP contient trois études croisées du professeur Charlie Brooker consacrées aux problèmes de santé mentale et à la probation. Le dernier rapport comprend plus de cinquante pages où des citations reprises d'entretiens approfondis avec des agents et des placés sous probation sont mises en contexte. Une lecture vivement recommandée.